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Quel avenir pour la cigarette électronique?

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Publié le 20 octobre 2015

C’est un évènement mondial. Avec ses partisans, ses détracteurs, ses opposants institutionnels, ses carcans administratifs… Une jungle où il est difficile de distinguer le vrai du faux. Marque-t-elle un tournant? Entre " Vous verrez, c’est une mode ! "  et  " Nous allons vers un avenir sans tabac", où en sommes-nous?

Les enjeux

Le tabagisme est la 2ème cause de mort dans le monde et la première cause de mort évitable. Six millions de victimes chaque année. Si aucune mesure d'urgence n'est prise, ce chiffre pourrait dépasser les 8 millions en 2030. Tout cela pour le bénéfice de cigarettiers qui manipulent un produit au très puissant pouvoir addictif.

Face à ce péril, qu’a-t-on fait ?

On a grignoté quelques positions vis-à-vis cette mafia, sans conséquences bien notables. On a bâti la " dénormalisation " : "Fumer tue" et développé la prévention pour les jeunes. Mais en réalité seuls sont concernés les pays développés. Dans tous les autres, rien n’est fait.

La cigarette électronique ouvre-t-elle une ère nouvelle ?

Des vapoteurs enthousiastes, soutenus par des associations dynamiques, et bien sûr par leurs fournisseurs ; une innovation permanente, tant du matériel que des e-liquides. Des médecins de plus en plus convaincus par ce qu’ils observent. Le soutien sans failles de SOS-addictions… Faut-il y croire ?

Pour les opposants, deux angles d’attaque

"L’e-cigarette est beaucoup moins dangereuse que le tabac: l’accord est quasi général sur ce point"

La toxicité ?
"L’e-cigarette est beaucoup moins dangereuse que le tabac " : l’accord est quasi général sur ce point.

Attention ! La complexité de la fabrication des produits, les différentes techniques de mesure, sont un domaine en pleine progression, où manquent des normes ; certes la qualification française AFNOR est une réponse de qualité ; mais sera-t-elle suffisante pour satisfaire les experts qui ont ficelé la Directive relative aux produits du tabac (DPT) applicable en mai prochain?

L’efficacité ?
Elle est de moins en moins discutable, avec l’expérience du Royaume-Uni qui affiche un nombre de fumeurs parmi les plus bas d’Europe, celle de l’INPES annonçant 400.000 arrêts liés à la vape et celle de l'Eurobaromètre 2014 dont la nouvelle évaluation montre que l’arrêt concerne en fait 6 millions de vapoteurs !

Certes, nombreux sont ceux qui continuent à fumer tout en vapotant ; ils s’inscrivent dans la démarche réaliste de la REDUCTION DES RISQUES, recommandée pour toutes les addictions. On note que ceux-là  sont ceux qui ont les meilleures chances de réussir leur arrêt.

Dans ce débat, que fait l'Etat ?

On attendait sa réaction après la déclaration du Public Health England (PHE) du 19 août dernier faisant le constat de l’efficacité de l’e-cigarette et informant de sa décision d’en conseiller la prescription par tout médecin.
Devant le silence, inhabituel, de Marisol Touraine, l’initiative fut prise par les représentants de cinq associations (Aiduce ; Fédération Addiction ; RESPADD ; SOS Addictions ; Ph Presles) d’interpeller non seulement la Ministre, mais aussi le gouvernement, les députés et les sénateurs. On les invitait "à suivre l’exemple anglais" et à revoir les projets de textes sur la cigarette électronique.

"Alors qu’au Royaume-Uni, monarchie historique, des débats publics sur l’e-cigarette sont ouverts à tous il est cocasse de voir que notre République démocratique est incapable d’en faire autant"

Du côté de Bercy, on négocie avec les cigarettiers le prix du tabac et le montant des taxes, dans des conditions particulièrement opaques, conciliant les intérêts des cigarettiers et des buralistes, et après lesquelles les finances publiques se trouvent perdantes… comme l’est aussi la cause de la lutte contre le tabagisme !
Que faire, sinon retrouver quelques fondamentaux ?

1 Ecouter les intéressés
Alors qu’au Royaume-Uni, monarchie historique, des débats publics sur l’e-cigarette sont ouverts à tous, opposants comme  défenseurs, il est cocasse de voir que notre République, par définition  démocratique, est incapable d’en faire autant.

2 Responsabiliser les intéressés
Dans la mesure où le principe de précaution n’est plus de mise devant les risques disproportionnés du tabagisme et ceux, très hypothétiques, du vapotage au long  cours, au nom de quoi l’interdire ? Parce qu’il n’est pas à la nomenclature des actes reconnus par l'ARS ? Rappelons de plus qu’on vapote à ses frais !

3 Hiérarchiser les objectifs de Santé Publique. Ils  devraient s’imposer à ceux  de Bercy, qui devrait prendre connaissance du Rapport de P. Kopp ! Que d’économies en perspective !

En conclusion

Les vapoteurs n’ont ni les moyens de pression des agriculteurs ni ceux des policiers pour se faire entendre et alerter l’opinion publique; mais les vapoteurs potentiels sont nombreux : la e-cigarette est utilisée par trois millions de personnes en France, dont la moitié vapote quotidiennement !
Dans un moment d’extrême fragilité de l’opinion devant les enjeux multiples, en France et dans le monde, diriger ne veut pas dire imposer.
"Pourvu que le législateur se charge lui-même de leur enlever leur indépendance, ils sont à peu près contents" disait Alexis de Tocqueville en 1848. La France mérite mieux.

Cet article a été rédigé par le RPT21.
Pour toute copie complète ou partielle il est indispensable d'en faire la demande.


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